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Pas de sucre dans le vin. Il faut une interdiction de l’UE

Pas de sucre dans le vin. Il faut une interdiction de l’UE

Le sucrage ou chaptalisation – c’est-à-dire l’ajout de saccharose au vin – est une pratique strictement interdite en Italie, tout comme en Espagne, au Portugal et en Grèce. Mais librement admise, et d’ailleurs largement utilisée dans les autres pays d’Europe et du monde. Une «ruse» à bon marché pour dissimuler le caractère acide ou peu savoureux de certains raisins utilisés même pour des vins de valeur. (1) Assoenologi et Great Italian Food Trade disent STOP!

Vin de raisin ou sirop de sucre?

L’ajout au vin de sucres externes, p.ex. de canne et de betterave, est interdit en Italie depuis plus d’un demi siècle. (2) Tout comme en Espagne, au Portugal et  en Grèce. Le sucre externe de canne ou de betterave est en revanche admis en France, en Allemagne, en Autriche, en Pologne, en Angleterre et en Hongrie.  Avec tout le respect dû aux objectifs d’harmonisation des normes techniques du soi-disant Marché Interne, dans l’un des secteurs les plus rentables de l’industrie agricole, à son tour objet d’une Politique Agricole Commune (PAC) qui, de ce point de vue, est plutôt asymétrique.

Les sucres externes représentent une solution de facilité et bon marché – alternative à l’emploi de moût de raisin concentré – pour ‘améliorer’ (un euphémisme) la structure du vin et son degré alcoolique, dans les zones où la sélection/l’élagage des vignobles sont bâclés et/ou les facteurs climatiques ne consentent pas la vendange de raisins mûrs et adaptés à une vinification correcte.

C’est pourquoi, alors qu’en Italie et dans d’autres pays d’Europe méridionale, les vins sont réalisés exclusivement en y ajoutant du moût de raisin (moût concentré rectifié, MCR, ou moût concentré rectifié solide, MCRS), les pays nordiques sont autorisés à recourir à la saccharose raffinée plus économique. De canne, dans la plupart des cas, mais également de betterave. Le déséquilibre des coûts de production génère par conséquent une concurrence déloyale dans les productions vitivinicoles du Marché Interne, qui profitent évidemment aux pays d’Europe du Nord et du Centre. Mais il n’y a pas que ça.

Les consommateurs européens  sont privés de leur capacité à distinguer le vrai vin, produit à partir de raison uniquement, par rapport à celui ‘truqué’ avec des sucres externes; puisqu’actuellement, les boissons alcoolisées (>1,2% vol.) sont dispensées des obligations – pourtant prescrites pour les aliments et les autres boissons – d’indiquer la liste des ingrédients (3) et le tableau nutritionnel. (4) L’information sur la nature effective du Nectar de Bacchus – avec ou sans sucre – est donc niée aux consommateurs d’Europe et du monde. A la barbe des objectifs fixés par le document ‘Food Information Regulation’.

Information au consommateur?

La désinformation ex lege concernant la présence éventuelle de sucres externes dans les vins produits dans divers pays de l’UE, comme mentionné ci-dessus, dérive du défaut d’harmonisation des normes européennes dans ce secteur. Normes verticales (c’est-à-dire appliquées à la filière individuelle) qui doivent toutefois être régulièrement mises à jour à la lumière de la réforme la plus récente des normes horizontales (c’est-à-dire de portée générale) en matière d’information au consommateur sur les produits alimentaires.

Le réglement UE 1169/11 définit en effet des objectifs précis d’information au consommateur, visant un niveau de protection élevé permettant aux personnes de pouvoir choisir de manière informée les produits alimentaires.

L’information sur les denrées alimentaires tend à un niveau élevé de protection de la santé et des intérêts des consommateurs en fournissant au consommateur final les bases à partir desquelles il peut décider en toute connaissance de cause et utiliser les denrées alimentaires en toute sécurité, dans le respect, notamment, de considérations sanitaires, économiques, écologiques, sociales et éthiques‘ (règlement UE 1169/11, article 3 – Objectifs généraux, comma 1).

Les informations sur les denrées alimentaires n’induisent pas en erreur, notamment:

a) sur les caractéristiques de la denrée alimentaire et, notamment, sur la nature, l’identité, les qualités, la composition, la quantité, la durabilité, le pays d’origine ou le lieu de provenance, le mode de fabrication ou d’obtention de cette denrée;’ (règ. UE 1169/11, article 7 – Pratiques loyales en matière d’information, comma 1).

Il est donc légitime que les consommateurs exigent le droit de pouvoir distinguer un vin composé uniquement de raisins d’un vin sophistiqué auquel ont été ajoutés des sucres externes. Puisqu’il s’agit de boissons de nature différente, tant au niveau du goût que du coût et des méthodes de production et, par conséquent, de valeur différente.

Le vin en Europe. Si le nom est identique, les règles doivent l’être également

En Italie le vin est produit  avec du raisin et non avec de l’eau et du sucre‘, déclare Riccardo Cotarella, président d’Assoenologi, dans son éditorial de juin sur la revue de l’association. Les règles de production doivent être harmonisées au niveau européen. Non vers le bascomme c’est déjà le cas dans le secteur de la bière, dans lequel la sévérité de la loi italienne n’a pas d’égal dans le mondemais plutôt vers le haut.

Le président d’Assoenologi adresse ces paroles sévères notamment aux petits malins qui, en Italie, en de rares occasions, ont eu recours à ces ruses, punies, dans ce pays, comme fraudes commerciales. ‘Plus encore qu’une question pénale, on est en présence d’une question à connotation éthique. C’est-à-dire mettant en jeu la morale de chacun, ou l’honnêteté du comportement‘.

Assoenologi et Greatitalianfoodtrade s’adressent donc au nouveau Ministre aux Politiques Agricoles Alimentaires et Forestières, afin qu’il défende, au siège de l’UE, l’interdiction de chaptalisation du vin sur la totalité du marché interne. De plus, les consommateurs doivent être informés au moyen de l’étiquette sur la présence de sucres externes.

Pas de sucre dans le vin, ou qu’on le sache!

Dario Dongo et Marta Strinati

Notes

(1) En jargon technique, enrichissement et chaptalisation

(2) Voir D.P.R. (Decreto del Presidente della Repubblica) 12.2.65 n. 162, art. 76

(3) Voir l’articleLista ingredienti, ABC’, suhttps://www.greatitalianfoodtrade.it/etichette/lista-ingredienti-abc

(4) Voir l’articleABC dichiarazione nutrizionale’, suhttps://www.foodagriculturerequirements.com/approfondimenti_1/dichiarazione-nutrizionale-obbligatoria-al-via-il-14-12-16-l-abc-delle-norme-da-applicare_1

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